Triptyque musical

3 maxi pour constituer un album. Voilà une drôle d'idée. Aspirateur de Langue l'a inventé. A quelques jours de leur showcase sur La Place (Trempolino), le 26 avril prochain, rencontre avec les cinq trubions qui mêlent savamment rock, jazz, chanson, punk et autre country.
Par Manu Legrand

Quelle est la genèse du groupe ?

On se connait depuis très longtemps. A part Ronan, on était au lycée ensemble, dans un groupe de metal qui s'appelait Kloporte où jouaient déjà Xavier, Kevin et Nicolas. On a voulut faire un autre groupe, plus calme, orienté folk, ballades. Mais au fur et à mesure on a intégrer un guitariste, un batteur et c'est devenu de plus en plus rock. Quand Kloporte s'est arrêté, Aspirateur s'est mis à faire du gros rock, comme pour compenser l'arrêt de notre groupe de metal. Et c'est là que Hervé est arrivé dans Aspirateur. Mais on se connaissait déjà, on avait aussi fait de la musique ensemble au lycée, plutôt jazz. Et là on s'est dit qu'on ne voulait plus de barrière, et essayer un peu dans tous les styles.

Ce qui veut dire que la musique d'Aspirateur de langue a beaucoup varié au cours des années ?
Oh oui ! Il y a eu des love songs, des morceaux sans distorsions... ça a toujours été assez changeant. On a pas été capable de rester sur un style. Même au sein d'un morceau, ce n'est pas possible. La première étape d'Aspirateur, là on était vraiment sur du plus calme, avec parfois quelques saillies punk ou metal mais on ne cherchait pas vraiment le gros son. Kevin chantait tout en jouant de la guitare folk, et il y avait deux guitaristes électriques mais qui jouaient en son clair. Les premières compos étaient presque jouables simplement en formule guitare classique / chant. Quand les autres musiciens ont apporté à leur tour des compositions, le processus à changé, les couleurs se sont étoffées.

Les paroles restent le domaine exclusif de Kevin ?

Comme c'est lui qui vit les paroles, c'est lui qui les écrit. Et il n'a jamais refusé les paroles d'un autre...Mais pour être honnête, personne ne lui en a proposé. C'est devenu une habitude. On part de quelques riffs, on ajuste,on arrange et Kevin arrive plus ou moins tôt avec les textes. C'est de moins en moins long car on commence à bien tous se connaître. On sait à peut près quelle partie sera un refrain, quelle autre sera un couplet. Au début on arrivait avec 15 riffs par chansons, on partait dans tous les sens ! Avec 3 riffs par morceaux ça fonctionne très bien. Un thème de sax d'Hervé peut emmener un morceau dans une direction totalement différente de celle annoncée par les riffs originaux.

Vous jetez beaucoup de morceaux ?

On a jeté pas mal, en deux phases. On ne joue plus qu'un seul morceau du 1er disque. Quand Ronan est arrivé en 2006, il a relifté tous les morceaux. Son jeu est totalement différent de celui du précédent batteur. Quand tu es rendu à la version 2 ou 3 d'un morceau, ça ne sert plus à rien de le re-refaire. S'il ne marche plus, il faut le jeter. Et quand Oleg, le deuxième guitariste est parti, Kevin a pris la guitare électrique. Il ne pouvait pas refaire exactement les mêmes parties. Plein de choses ne fonctionnaient plus. On en a vraiment profiter pour faire un gros ménage. Quand dans un set déboule un vieux morceau, que tu n'as pas la même conviction, que tu ne joues plus pareil et qu'il ne sonne plus, ça ne sert à rien de s'acharner à le transformer. En ce qui concerne les paroles en elles mêmes, ça fait longtemps qui Kevin ne les écrit pas avant la musique. Certains morceaux restent parfois assez longtemps sans textes. Parfois même jusqu'à l'enregistrement. La base, c'est la mélodie et le rythme. Il y a souvent une idée forte, une histoire autour d'un personnage ou une thématique. On ne dénonce pas vraiment.

 

 

Un album en 3 parties, 3 maxis. Pourquoi? Comment ?
C'est une idée de Peter qui œuvre dans la com' pour notre association Rock'O'Corps qui a lancé l'idée. Au lieu de passer un an à enregistrer et mixer 12 titres, et de ne passer que 1 à 2 mois à créer l'événement autour de ça, là on sort 4 titres tous les 6 mois. Ce qui nous permet d'avoir beaucoup plus de visibilité sur les nouveaux outils comme les réseaux sociaux. Nous pouvons aussi démarcher tous les 6 mois en re-balançant à chaque fois 4 nouveaux morceaux. Il s'est avéré que ça nous a rendu beaucoup plus efficace en terme de méthode d'enregistrement. On ne se concentre que sur 4 morceaux. Du coup, on les peaufine au maximum. Et Christophe, qui nous enregistre, a pu profité de l'expérience du premier maxi pour faire mieux sur le deuxième. En dialoguant avec lui, on a aussi pris conscience de nos limites. Pour le 1er on a appris de nos erreurs, idem pour le 2ème et encore plus pour le 3ème. Ce qui n'aurait pas été faisable sur 12 titres.

Et ce triptyque, vous l'envisager quand même comme un ensemble ?
Au début oui. Avec le temps, chaque EP devient singulier. Au fur et à mesure, on a affiné le son, et on arrivé de mieux en mieux préparé à chaque entrée en studio, avec des méthodes d'enregistrement plus élaborées. Par exemple sur le dernier, on a doublé les guitares pour gagner en puissance. On pensait initialement regrouper les 3 maxis sur un seul cd. Au final on va plutôt regraver 200 cd de « Hot », le premier. Même en faisant du mixage et du mastering, on ne pourra pas avoir un truc cohérent sur un seul cd. On va faire un coffret avec 3 disques et ainsi proposer un bel objet, avec des visuels qui font le lien.

Il y a un clip par EP.

Oui. Le hasard a voulu que les deux premiers titres choisis pour les clips soient les morceaux éponymes ( « Hot » et « Sweet »), ce qui ne sera pas le cas pour le troisième où nous avons retenu « Bla-Bla ».  D'ailleurs, pour la petite histoire, le nom de la trilogie « Hot » « Sweet » « Desire », vient d'un vieux morceaux qu'on a fini par jeter. Mais le titre sonnait tellement bien qu'on l'a gardé. Pour revenir au prochain clip, ça devrait traiter de la folie, un thème récurrent dans Aspirateur. Et on va le faire nous même. Avec le temps, c'est quelque chose qu'on arrive aussi à maîtriser de mieux en mieux. Nous ne sommes plus dépendants de vidéastes ou de monteurs extérieurs. L'arrivée de Peter nous a énormément aidé également dans ce domaine, comme pour les contacts avec la presse.

Et les autres projets ?
Ça dépend des périodes et des contraintes humaines. En ce moment c'est Aspirateur qui nous mobilise. Antifiasco est en pause car le percussionniste est parti en bateau pour 3 mois autour du monde. L'Oeil du sourd existe toujours, on répète au moins une fois par mois.

Ces projets sont vraiment étanches ?

En fait Antifiasco c'est ce qu'on a raté avec Aspirateur de langue ! Faire des chansons folk, des ballades...Au départ on devait être deux, mais on arrive à être cinq ! Mais il faut être clair, on a besoin de faire plusieurs projets, pour répondre à toutes nos envies.

 

En showcase "Hors-Sillon" à La Place (Trempolino - Nantes), jeudi 27 avril, 19h, entrée libre.

www.aspirateurdelangue.com

 

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